Le révérend père Païsius, l’un des plus grands ascètes et rénovateurs de la vie spirituelle au XVIIIe siècle, a laissé derrière lui un riche héritage spirituel. Il a parcouru un chemin difficile de recherche et de croissance, gravissant les marches de la vertu, pratiquant la prière de l’esprit et du cœur. Quelles ont été ces étapes et comment peuvent-elles nous aider dans notre travail spirituel ?
Traditionnellement, il est d’usage de considérer les étapes de croissance spirituelle proposées par saint Jean Climaque. Ils servent de guide à chacun pour son ascension. Dans notre cas, nous essaierons d’étudier l’expérience de saint Païssios, d’analyser les enseignements laissés à ses disciples, en regroupant tout cela en blocs séparés. Nous utiliserons ici l’exemple proposé dans l’Échelle de saint Jean Climaque.
Le premier bloc ou la première étape de l’ascension spirituelle est: la lutte contre la vanité mondaine.
Deuxièmement, ce sont les peines sur le chemin de la vraie joie.
Troisièmement c’est la lutte contre les vices.
Quatrièmement c’est de surmonter les obstacles et la tranquillité d’esprit
Cinquièmement c’est l’union des trois vertus.
Le révérend père Païssios a montré par son exemple de vie comment combattre la vanité mondaine. Très jeune, il quitte l’Académie de Kiev pour une plus grande concentration et un zèle spirituel. Ses années en Moldavie et sur le Saint Mont Athos furent également consacrées à la lutte contre les vices et à la recherche.
Dans le livre «Les fleurs du champs», attribué au vénérable Païssios, on trouve le passage suivant : « Une fois pour toutes, nous avons renoncé aux choses terrestres, à la sagesse mondaine ; laissons tomber dans l’oubli tous les charmes du monde ; négligeons tout ce qui est charmant et méprisons tout ce qui est passager dans ce siècle ; et ainsi venons au Seigneur seul, jour et nuit, servons-Le avec crainte…»[1] plus loin nous lisons: « Ne considérez-vous pas tout ce qui existe dans le monde comme rien, mais ne vous souciez-vous pas des besoins nécessaires du corps ? Tout est périssable et a une fin ; le bien-être de ce monde ou la paix physique est vanité des vanités»[2]. Du premier bloc, le saint passe immédiatement au deuxième bloc ou étape du travail spirituel: « Si quelqu’un ne place pas tout son être en Dieu, et dans les besoins corporels nécessaires, et dans chaque douleur ne dit pas : « comme Dieu le veut », il ne peut pas être sauvé. Celui qui souffre des douleurs se réjouira peu à peu du départ de son âme et, à son départ, se réjouira d’une joie inexprimable. Lorsque nous sommes malades, ou recevons des blessures, ou approchons de la mort et mourons, ou souffrons d’un manque de besoins essentiels et n’avons personne pour avoir pitié de nous ; et si nous disons en même temps : « comme Dieu veut, qu’il fasse de nous », alors par cela seul le diable, notre ennemi, sera couvert de honte et vaincu»[3].
Nous voyons que les chagrins, les difficultés et les maladies nous aident dans la lutte contre la vanité du monde. Sans eux, nous ne pouvons pas comprendre pleinement la vanité du monde et l’insignifiance de toutes les valeurs et attachements matériels.
Dans la vie du Vénérable Païsius, nous voyons plus d’une fois comment il a dû quitter des lieux déjà habités et se déplacer vers de nouveaux lieux. Cela lui a été particulièrement difficile, déjà à un âge respectable, de quitter le monastère de Dragomirna, puis le monastère de Secul, pour prendre l’adminstration du monastère de Neamţ[4].
Il est important de se rappeler que même les chagrins et les maladies ne nous aident pas toujours à surmonter les vices et les passions. Un ascète, ansi qui chaque chrétien, doit lutter contre les passions. Les passions et les vices ne disparaissent pas d’eux-mêmes. Parfois, ils peuvent se cacher ou même se couvrir de vertus, mais au fond, il peut souvent y avoir des poisons. Le révérend père se pose la question ainsi qu’au lecteur de manière rhétorique: « Ne savez-vous pas contre qui vous vous battez ? Quel régiment d’ennemis invisibles vous entoure ? Chacun d’eux menant sa propre bataille, émettant d’innombrables voix, voulant dévorer votre âme – et vous, vous ne vous en souciez pas ? Est-il possible d’être nourri, de dormir, de s’allonger et d’être constamment réconforté, et pourtant de recevoir le salut ?»[5] De telles questions aident à évaluer la situation et à répondre de manière adéquate à ce qui se passe. Ils nous encouragent à lutter avec toute la force et le plus grand sérieux contre la manifestation des passions, en particulier la paresse, l’insouciance et la négligence. Afin de mieux comprendre et déterminer le diagnostic de la maladie spirituelle, le saint explique la naissance, la croissance et l’épanouissement des passions: « Avant toute chute dans le péché, les démons apportent à l’homme les passions suivantes : un oubli sombre, une colère cruelle, c’est-à-dire une méchanceté et une ignorance inhumaines et brutales, comme des ténèbres impénétrables. Ces trois passions précèdent tout péché. Car un homme ne commettra pas un seul péché avant d’avoir été exposé à tous les maux, soit par oubli, soit par colère, soit par ignorance. De ces maux vient l’insensibilité spirituelle. L’esprit que est l’œil de l’âme devient obscur et alors captivé par toutes les passions. Tout d’abord, naît le manque de foi. Le manque de foi donne naissance à l’amour-propre – le début et la fin, la racine et l’ancêtre de tout mal, c’est un amour insensé pour son corps, quand partout et en toutes choses quelqu’un choisit seulement ce qui lui est utile. Cette racine maléfique des passions est éradiquée par l’amour, la miséricorde et le renoncement à la volonté propre. L’amour-propre engendre l’impitoyabilité et l’avarice c’est à dire un ventre insatiable, qui est la cause de tous les maux. De ces deux choses – l’amour de soi et l’amour de l’argent – naissent tous les malheurs et tous les crimes cruels, partout. Chez les laïcs comme chez les moines, l’amour de l’argent engendre l’orgueil, par lequel les démons sont tombés de la sainte gloire et ont été chassés du ciel. L’orgueil donne naissance à l’amour de la gloire, par lequel Adam fut séduit, voulant être Dieu et ne l’était pas, et apportant ainsi souffrance et malédiction sur toute la race humaine. L’amour de la gloire donne naissance à la luxure, par laquelle Adam est tombé et a été expulsé du paradis»[6]. J’ai spécialement donné une citation aussi longue afin d’utiliser les mots du saint pour montrer le processus d’enchevêtrement des passions et la destruction qu’elles entraînent.
Bien sûr, après avoir vu ou imaginé tout le danger des vices et des passions, nous chercherons un moyen de sortir de cet état ou de surmonter les obstacles et de trouver la tranquillité d’esprit. Saint Païssius a consacré presque toute sa vie à cet exploit. La plupart de ses œuvres : lettres, traductions, sermons sont consacrées à des critères positifs de croissance spirituelle. Il appelle à plusieurs reprises ses disciples et leur enseigne systématiquement la prière du coeur. Plusieurs de ses œuvres sont consacrées spécifiquement à l’expérience de la prière. C’est avec éloquence que le révérend père exprime ses pensées: « Les Saints Pères, comme on l’a vu, appellent cette sainte prière un art, je pense, parce que, tout comme une personne ne peut pas apprendre l’art par elle-même sans un artiste qualifié, il est impossible d’acquérir la compétence de cette pratique mentale de la prière sans un enseignant qualifié. Mais cette manière de prier, selon saint Nicéphore, vient à beaucoup de gens, ou même à tous, par l’enseignement ; Rarement, sans enseignement, la prère peut arriver par une pratique fervente et la chaleur de la foi, grâce à Dieu. Les textes liturgiques que les chrétiens orthodoxes, laïcs et moines, doivent lire quotidiennement en hommage au Roi céleste, peuvent être lus oralement et mis en pratique par toute personne alphabétisée sans aucune étude. Mais il est impossible d’apporter à Dieu le mystérieux sacrifice de la prière du cœur sans apprentissage, comme indiqué ci-dessus, car c’est un art spirituel»[7].
Il est important de noter que saint Païssios n’avait pas de mentor spirituel, comme il en témoigne lui-même. Il a appris cet art sur la base de la Sainte Écriture et des œuvres des Saints Pères. La vie dans l’obéissance à l’aîné ne lui a pas non plus réussi, «Ne trouvant pas, pour de nombreuses raisons bénies, où vivre dans l’obéissance, j’ai décidé, écrit Païsius à son ami, le prêtre Dimitri de Poltava, de vivre ma vie de manière royale avec un frère partageant les mêmes idées et les valeurs: au lieu d’un père, d’avoir Dieu et l’enseignement des saints pères comme mentor, nous obéir et nous servir les uns les autres, avoir une seule âme et un seul cœur, avoir tout en commun pour soutenir nos vies, sachant que ce chemin du monachisme est attesté par les saints pères sur la base de la Sainte Écriture»[8]. Ainsi, nous voyons que l’étude de l’héritage patristique et de l’Écriture en collaboration avec son frère a porté ses fruits. Grâce à cette symbiose, le moine s’est guidé vers le salut et a dirigé les frères et sœurs qui venaient à lui sur le chemin du salut. C’est précisément en demeurant dans la prière, en étudiant les Saints Pères et en vivant dans l’obéissance à son père spirituel ou dans l’obéissance mutuelle entre frères que l’on atteint la paix spirituelle.
Passant à la cinquième étape, il est nécessaire de souligner que l’union des trois vertus : la foi, l’espérance et l’amour, trouve son fondement dans la déclaration de l’apôtre Paul : « Maintenant donc, ces trois vertus demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande de ces vertus, c’est l’amour » (1 Cor. 13, 13). Le révérend père Païssios, comme de nombreux prédicateurs, enseignait à ses disciples à pratiquer les vertus, en particulier la foi et l’amour.: « La première vertu est la foi, car par la foi on peut déplacer des montagnes et recevoir tout ce qu’on veut, comme l’a dit le Seigneur. Chacun est fortifié par sa foi en toutes les œuvres glorieuses et merveilleuses.»[9]. Dans un autre ouvrage, saint Paissius écrit: « L’amour embrasse et lie toutes les vertus. Par l’amour seul, toute la loi est accomplie et une vie agréable à Dieu est accomplie aussi. L’amour consiste à donner sa vie pour son ami, et ce que l’on ne veut pas qu’il nous arrive, ne le fais pas à ton ami. Par amour, le Fils de Dieu s’est fait homme. Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu ; là où il y a de l’amour, il y a Dieu»[10].
En conclusion, il est important de souligner qu’une personne ne peut traverser toutes les étapes de la croissance ou du développement spirituel qu’avec humilité et confiance dans l’aide de Dieu. Le saint nous invite à nous consacrer à la lecture et ainsi à édifier nos âmes. Le Seigneur ne peut pas nous sauver si nous ne commençons pas nous-mêmes à faire quelque chose, et cette action se fait par la prière, la lecture et la méditation. Que le Seigneur nous aide en cela, par les prières de la Mère de Dieu, de tous les saints et de notre vénérable père Païssios.
Hiéromoine Joseph Pavlinciuc
[1] https://azbyka.ru/otechnik/Paisij_Velichkovskij/kriny-selnye/
[2] Там же.
[3] Там же.
[4] Житие преподобного Паисия, написанное Митрофаном. https://azbyka.ru/otechnik/Paisij_Velichkovskij/zhitie-moldavskogo-startsa-paisija-velichkovskogo/#note27
[5] https://azbyka.ru/otechnik/Paisij_Velichkovskij/kriny-selnye/
[6] Там же.
[7] https://azbyka.ru/otechnik/Paisij_Velichkovskij/molitva/3
[8] Письмо первое к иерею Димитрию 1766 год. http://azbyka.ru/otechnik/Paisij_Velichkovskij/pisma-iereju-dimitriju
[9] https://religions.unian.net/afon/1648366-prepodobnyiy-paisiy-velichkovskiy-o-vere-lyubvi-i-molitve.html
[10] Там же.