Réquisitoire orthodoxe contre l’euthanasie et le projet français d’« aide à mourir »

LA MORT ADMINISTREE
La civilisation du soin et la vocation chrétienne de l’espérance
Réquisitoire orthodoxe contre l’euthanasie et le projet français d’« aide à mourir »

Introduction générale.
l’euthanasie comme symptôme d’une mutation anthropologique
Il est des moments où une civilisation ne change pas seulement de lois, mais de regard sur l’homme. Elle ne modifie pas seulement son droit positif, elle déplace silencieusement la
frontière du sacré. Elle ne se contente pas d’autoriser un acte nouveau ; elle transforme le vocabulaire même par lequel elle nomme la vie, la souffrance, la liberté, la compassion et la
mort. Tel est le cas du projet contemporain de légalisation de l’« aide à mourir ». Sous une formule douce, presque maternelle, se cache une mutation immense : faire entrer la mort provoquée dans l’ordre des prestations médicales, inscrire l’administration d’un produit létal dans la grammaire du soin, confier à la procédure ce qui relevait jusqu’ici de l’interdit fondateur.
La question n’est donc pas seulement juridique. Elle est métaphysique. Elle touche à la définition de l’homme, à la vocation de la médecine, à la limite du pouvoir politique, à la signification de la souffrance, à l’espérance chrétienne et au mystère ultime de la mort.

Le contexte français rend cette interrogation plus grave encore. La proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir vise à créer un droit accessible, sous conditions, aux personnes
atteintes d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, le Sénat indique que le texte entend créer un droit à l’aide à mourir pour des personnes souffrant d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital. Après une deuxième lecture à l’Assemblée nationale le 25 février 2026, un rejet par le Sénat le 12 mai 2026, un désaccord en commission mixte paritaire et une nouvelle lecture à l’Assemblée nationale, le dossier parlementaire officiel fait état d’un texte adopté le 30 juin 2026.
Le débat public prétend souvent opposer, d’un côté, la compassion moderne et, de l’autre, une morale religieuse archaïque. Cette opposition est fausse. La tradition orthodoxe ne méprise
ni la souffrance, ni l’agonie, ni l’angoisse des malades, ni le désarroi des familles. Elle ne parle pas depuis une abstraction froide. Elle parle depuis l’hôpital, depuis le lit du mourant, depuis la chambre où l’on veille, depuis la prière des larmes, depuis la liturgie des défunts, depuis l’expérience pascale de Celui qui a connu la mort sans jamais la bénir comme choix. L’Église
orthodoxe ne condamne pas les personnes qui, dans l’épreuve, demandent la mort. Elle ne condamne pas davantage ceux qui, par trouble, peur ou compassion mal éclairée, croient devoir
soutenir une telle législation. Mais elle s’oppose radicalement à l’idée selon laquelle la société pourrait transformer l’acte de donner volontairement la mort en geste de soin, en droit subjectif, en réponse institutionnelle à la souffrance. Car une chose est d’accompagner celui qui meurt, autre chose est de faire mourir. Une chose est de soulager ; autre chose est de supprimer le souffrant. Une chose est de refuser l’acharnement thérapeutique ; autre chose est d’organiser la mort comme issue médicale.
La tradition orthodoxe tient ensemble trois vérités que notre époque tend à séparer.
Premièrement, la vie humaine est un don de Dieu, non une propriété absolue de l’individu.
Deuxièmement, la souffrance n’est jamais un bien en soi, mais elle peut devenir, dans le Christ, un lieu de communion, de purification, d’humilité et d’espérance. Troisièmement, la mort
demeure un ennemi, même vaincu par le Christ, elle n’est jamais une vocation, jamais un sacrement, jamais une liberté suprême.
L’euthanasie repose sur une anthropologie de la souveraineté individuelle : je serais maître de ma vie parce que je serais propriétaire de moi-même. Or le christianisme orthodoxe
affirme tout autre chose : je ne suis pas propriétaire de mon être, je suis appelé à le recevoir, à le transfigurer, à le rendre. « Nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même ; car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur » (Romains 14,7-8). Cette parole paulinienne suffit déjà à renverser toute philosophie de l’autonomie absolue. Le projet d’« aide à mourir » apparaît ainsi comme le symptôme d’une civilisation qui ne sait plus souffrir parce qu’elle ne sait plus espérer, qui ne sait plus accompagner parce qu’elle veut résoudre, qui ne sait plus contempler la personne dans sa faiblesse parce qu’elle identifie la dignité à la performance, à la conscience claire, à
l’indépendance fonctionnelle et à la maîtrise de soi. Sous le langage de la compassion peut alors se glisser une violence nouvelle : celle qui dit au malade que sa vie ne vaut plus d’être vécue
dès lors qu’elle est devenue dépendante, douloureuse, coûteuse ou inutile selon les critères du monde. La critique orthodoxe de l’euthanasie n’est donc pas seulement morale. Elle est
eschatologique. Elle affirme que l’homme ne se comprend pas à partir de sa capacité à disposer de lui-même, mais à partir de son appel à la communion avec Dieu. Elle rappelle que la
médecine n’est pas instituée pour administrer la mort, mais pour servir la vie jusque dans son dernier souffle. Elle proclame que la faiblesse extrême ne diminue pas la personne : elle la rend au contraire plus mystérieusement confiée à l’amour d’autrui.

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