Fr. Homélie — 11ᵉ dimanche après la Pentecôte

Chers frères et sœurs,

L’Évangile de ce dimanche nous présente l’une des paraboles les plus fortes et les plus profondes du Seigneur : la parabole du serviteur impitoyable (Mt 18, 23-35).

Un roi veut régler ses comptes avec ses serviteurs. On lui amène un homme qui lui doit une somme immense, une dette qu’il est absolument incapable de rembourser. Le serviteur supplie son maître de lui donner du temps. Alors le roi, pris de compassion, lui remet toute sa dette.

Mais, à peine sorti, cet homme rencontre un autre serviteur qui lui doit une somme beaucoup plus petite. Au lieu de lui manifester la même miséricorde, il le saisit et exige immédiatement le remboursement de sa dette.

Lorsque le roi apprend ce qui s’est passé, il le fait venir et lui dit :

« Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »

Voilà le cœur de l’Évangile d’aujourd’hui.

Cet homme, c’est aussi chacun de nous.

Devant Dieu, nous avons tous une dette que nous ne pouvons pas rembourser par nos propres forces. Nos péchés, nos fautes, nos paroles, nos pensées, nos manques d’amour nous montrent combien nous dépendons de la miséricorde de Dieu.

Et que fait Dieu ?

Il ne nous demande pas de payer ce que nous sommes incapables de payer. Dans le Christ, Il nous offre Son pardon.

C’est pourquoi nous disons dans le Notre Père :

« Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

Ce ne sont pas simplement des paroles que nous répétons dans notre prière. C’est une véritable règle de vie chrétienne :

Si nous avons reçu la miséricorde, nous devons devenir miséricordieux.
Si nous avons été pardonnés, nous devons apprendre à pardonner.

L’Épître de saint Paul que nous avons entendue aujourd’hui, dans la Première Lettre aux Corinthiens, nous montre également cette attitude. L’Apôtre parle de son ministère et du droit de celui qui annonce l’Évangile à être soutenu par ceux auxquels il apporte la Parole de Dieu. Mais saint Paul renonce même à certains de ses droits afin de ne pas mettre d’obstacle à l’Évangile du Christ.

Nous découvrons donc un même esprit dans les deux lectures :

l’Évangile nous appelle à pardonner, et l’Apôtre nous appelle à servir sans égoïsme.

Lorsque l’homme vit seulement pour ses droits, il dit :

« On me doit quelque chose. »
« C’est à lui de me demander pardon. »
« Moi, j’ai raison. »
« Pourquoi devrais-je faire le premier pas ? »

Mais celui qui a compris la miséricorde de Dieu commence à penser autrement :

« Que puis-je faire pour mon frère ? »
« Comment puis-je lui pardonner ? »
« Comment puis-je préserver la paix ? »

Chers frères et sœurs,

Il nous est souvent très facile de voir la dette des autres envers nous, et beaucoup plus difficile de voir notre propre dette envers Dieu.

Nous pouvons garder pendant des années le souvenir d’une parole qui nous a blessés, d’une injustice, d’une trahison ou d’une humiliation. Et nous disons : « Je ne peux pas lui pardonner. »

Mais l’Évangile nous pose aujourd’hui une question :

« Et toi, combien Dieu t’a-t-Il pardonné ? »

Combien de fois sommes-nous tombés et Dieu nous a relevés ?
Combien de fois avons-nous péché et Il nous a donné une nouvelle possibilité de revenir à Lui ?
Combien de fois sommes-nous venus devant Lui avec les mêmes faiblesses, et pourtant Il ne nous a pas rejetés ?

Si Dieu n’était pas miséricordieux envers nous, où serions-nous ?

Le pardon chrétien ne signifie pas que nous disons que le mal n’a pas existé. Il ne signifie pas que l’injustice devient soudainement justice.

Pardonner signifie refuser de laisser le mal nous transformer nous-mêmes en personnes mauvaises.

Celui qui ne pardonne pas reste souvent prisonnier de celui qui l’a blessé. Il porte dans son cœur le souvenir de cette personne et permet à cette blessure de gouverner sa vie.

Mais lorsque l’homme pardonne, il commence à se libérer.

C’est pourquoi nous devons nous demander aujourd’hui :

Qui n’ai-je pas encore pardonné ?
Avec qui suis-je en conflit ?
À qui est-ce que je demande ce que moi-même je ne suis pas prêt à donner ?
Et n’ai-je pas oublié combien Dieu m’a pardonné ?

Demandons donc au Seigneur non seulement de nous pardonner, mais aussi de nous donner un cœur capable de pardonner.

Car la véritable preuve que nous avons reçu le pardon de Dieu, c’est que ce pardon commence à passer par nous vers les autres.

Ne soyons donc pas comme le serviteur impitoyable, qui a reçu une immense miséricorde mais qui n’a pas voulu la transmettre.

Soyons plutôt comme saint Paul, qui, par amour pour le Christ, a placé le service de l’Évangile au-dessus de ses propres intérêts et de ses propres droits.

Recevons la miséricorde de Dieu et devenons miséricordieux.
Recevons Son pardon et devenons capables de pardonner.
Recevons l’amour du Christ et transmettons-le à ceux qui nous entourent. Amin.

Hiéromoine Joseph (Pavlinciuc)

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